ICARO – Un « feel good drama »

« Il y a des caresses qui sont comme des coups de poing sur le nez » disait Daniele Finzi Pasca, hier midi, à l’occasion d’un entretien avec Marie Gignac au bar le Zinc. Et, après avoir vu son Icaro sur les planches du Trident, force est d’admettre qu’il y a en effet des pièces qui savent être tout à la fois douces et percutantes.

Ce qu’il faut savoir tout d’abord c’est qu’Icaro est une pièce un peu particulière. Écrite en prison et imaginée pour accompagner des enfants malades (souvent en phase terminale), elle est conçue – à l’origine – pour n’être jouée que devant un seul spectateur. Aussi, chaque soir, une seule personne est choisie dans l’assistance pour rejoindre Finzi dans son maigre décor de chambre d’hôpital et toutes les autres, un peu voyeurs dans la pénombre, observent par le trou d’une serrure devenue – par la magie du théâtre – grande comme la scène.

photo_VivianaCangialosi3Pendant l’heure et demi qui suivra, cette personne deviendra le compagnon de chambre (ou de cellule?) d’Icaro. Elle l’accompagnera dans son doux délire et finira même, peut-être, par s’envoler avec lui, par quitter le morne hôpital pour un ailleurs plus lumineux.

On l’aura vite compris, cette histoire un peu loufoque d’un malade qui veut apprendre à voler –qui coud des ailes à sa jaquette et s’entête à battre des bras – est en vérité une grande allégorie poétique pour parler d’un sujet plus lourd, d’un sujet qui a besoin de plumes pour apparaître plus léger : celui de la mort, du deuil et de l’adieu à la vie.

Et c’est là, à mon avis, qu’Icaro et le théâtre de la caresse de Finzi frappent le plus juste : en transfigurant quelque chose de foncièrement triste en quelque chose de beau, de doux et de drôle (alchimie du Théâtre!). Car Icaro est drôle ; drôle d’un humour international, d’un humour sans âge. Devant moi, un garçon se retournait fréquemment pour regarder son père et tous deux partageaient le même rire. Finzi, avec ses manière espiègles, ses réparties cocasses et son français mêlé d’italien, nous conquiert dès les premières minutes. C’est avec plaisir et émotion qu’on le suit dans la moindre de ses lubies (car, précisons-le, il n’y a dans Icaro que des péripéties imaginaires). L’audience ne cesse de rire et pourtant, on pleure à ma gauche et à ma droite. C’est une de ces pièces où le rire, bien que sincère, menace toujours de s’éteindre sur un sanglot. C’est la force du tragi-comique, lorsqu’il vise bien.

@AndreaLopez_257Bref, Icaro est une pièce forte et touchante. C’est une pièce dont on ressort serein et le cœur au chaud. Il ne fait pas de doute que même ceux qui avaient « le sentiment à 2 centimètres du plancher » au début du spectacle en sont ressortis avec l’émotion à quelques pouces du plafond.

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Un avis sur « ICARO – Un « feel good drama » »

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